Toutes les grandes choses se font par le peuple; or,
on ne conduit le peuple qu’en se prêtant à ses idées. Le philosophe qui,
sachant cela, s’isole et se retranche dans sa noblesse est hautement louable.
Mais celui qui prend l’humanité avec ses illusions et cherche à agir sur elle
et avec elle ne saurait être blâmé. César savait fort bien qu’il n’était pas
fils de Vénus ; la France ne serait pas ce qu’elle est si l’on n’avait cru
mille ans à la sainte ampoule de Reims. Il nous est facile à nous autres,
impuissants que nous sommes, d’appeler cela mensonge, et, fiers de notre timide
honnêteté, de maltraiter les héros qui ont accepté dans d’autres conditions la
lutte de la vie. Quand nous aurons fait avec nos scrupules ce qu’ils firent
avec leurs mensonges, nous aurons le droit d’être pour eux sévères. Au moins
faut-il distinguer profondément les sociétés comme la nôtre, où tout se passe
au plein jour de la réflexion, des sociétés naïves et crédules, où sont nées
les croyances qui ont dominé les siècles. Il n’est pas de grande fondation qui ne
repose sur une légende. Le seul coupable en pareil cas, c’est l’humanité qui
veut être trompée.
Ernest Renan
.jpg)
Sem comentários:
Enviar um comentário